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Le World Wide Web — Berners-Lee ouvre Internet au monde

Le 20 décembre 1990, Tim Berners-Lee met en ligne le premier site web de l'histoire sur un ordinateur NeXT au CERN (info.cern.ch). Le 6 août 1991, il annonce le projet sur le newsgroup alt.hypertext et ouvre l'accès au monde. De 1 site en 1990 à 1,13 milliard de noms d'hôtes recensés en 2024 (dont ~200 millions de sites actifs), le Web est devenu l'infrastructure informationnelle de la civilisation.

Source: netcraft.com

Le World Wide Web — Berners-Lee ouvre Internet au monde

En clair

Avant le Web, consulter un document stocké sur une autre machine supposait de connaître le système d'accès qui lui était propre : FTP, Gopher, WAIS et Telnet avaient chacun leur adressage, incompatible avec celui des autres. Berners-Lee propose trois briques qui tiennent ensemble : une adresse universelle (URL), une façon unique de réclamer un document (HTTP), un format commun pour l'écrire (HTML). L'équivalent d'une adresse postale valable dans tous les pays, doublée d'une langue que tous les bureaux de poste savent lire. La bascule décisive n'est pas technique mais juridique : en versant le code dans le domaine public le 30 avril 1993, le CERN renonce à toute redevance, et publier ne demande plus l'autorisation de personne. Les chiffres d'adoption cités plus bas restent des ordres de grandeur, dépendants des méthodes de mesure.

Découverte

ParamètreValeur
Date de la propositionMars 1989 (mémo « Information Management: A Proposal »)
Premier site en ligne20 décembre 1990, info.cern.ch
Annonce publique6 août 1991 (post sur alt.hypertext)
InventeurSir Timothy John Berners-Lee (né le 8 juin 1955, Londres)
LieuCERN, Genève, Suisse
Machine serveurNeXT Computer (CPU Motorola 68040, 25 MHz, 16 Mo RAM)
Technologies crééesURL (adressage), HTTP/0.9 (transfert), HTML (balisage)
LicenceDomaine public (30 avril 1993, décision du CERN)

Explication technique

1. HTML (HyperText Markup Language) — Berners-Lee définit un langage de balisage dérivé de SGML (Standard Generalized Markup Language, ISO 8879:1986). La première version comporte 18 balises seulement (<a>, <p>, <h1>–<h6>, <ul>, <ol>, <li>, <address>, etc.). Le concept clé est l'ancre hypertexte <a href="..."> : un lien cliquable vers n'importe quel document sur n'importe quel serveur.

2. HTTP (HyperText Transfer Protocol) — Protocole requête-réponse en texte clair. HTTP/0.9 ne supporte qu'une seule méthode : GET. Le client envoie GET /chemin\r\n, le serveur renvoie le document HTML brut et ferme la connexion TCP. Pas de headers, pas de codes d'état, pas de types MIME. La simplicité est délibérée : tout développeur peut implémenter un client en quelques heures.

3. URL (Uniform Resource Locator) — Berners-Lee unifie l'adressage des ressources réseau en une syntaxe unique : protocole://hôte:port/chemin. Avant les URL, chaque système (FTP, Gopher, WAIS, Telnet) avait son propre schéma d'adressage incompatible. L'URL fédère tous ces protocoles sous une convention universelle.

4. Le premier navigateur-éditeur — Le logiciel « WorldWideWeb » (renommé ensuite Nexus) sur NeXT est à la fois un navigateur et un éditeur WYSIWYG : Berners-Lee conçoit le Web comme un espace lecture-écriture, pas seulement lecture. Cette vision sera perdue pendant 15 ans avant les wikis et le Web 2.0.

Pourquoi ça a marché

Le Web n'est ni le premier réseau, ni le premier hypertexte (HyperCard d'Apple date de 1987, le projet Xanadu de Ted Nelson de 1960). Sa victoire tient à trois choix architecturaux :

Choix architecturalCe qu'il implique
DécentralisationPas de serveur central : n'importe qui peut publier
Tolérance aux pannesUn lien cassé dégrade gracieusement, sans crash systémique
SimplicitéHTML appris en une heure, serveur déployable en une journée

La décision du CERN du 30 avril 1993 de placer le code dans le domaine public — sans redevance, sans licence — est l'acte fondateur. Sans elle, le Web aurait pu rester propriétaire, comme CompuServe ou AOL.

Chaîne causale

Vannevar Bush imagine le Memex (1945) → Ted Nelson définit l'hypertexte (1965) → ARPANET crée la commutation par paquets (1969) → TCP/IP unifie les protocoles (1983) → Berners-Lee propose le Web (1989) → CERN libère le code (1993) → Mosaic/Netscape démocratisent la navigation (1993–1994) → Google organise l'information (1998) → Web 2.0 rend l'utilisateur producteur (2004) → mobile-first dépasse le desktop (2016)

Anecdote

L'autocollant rouge collé par Berners-Lee sur le boîtier de son NeXT portait l'inscription : « This machine is a server. DO NOT POWER IT DOWN!! ». Si quelqu'un l'avait débranché, le seul serveur web existant au monde aurait été hors ligne. Ce NeXT est aujourd'hui exposé au musée du CERN à Genève.

Limites et controverses

Les statistiques de parts de marché et d'adoption varient selon les méthodologies de mesure (enquêtes, analyses de trafic, déclarations des éditeurs). Les chiffres présentés sont des ordres de grandeur issus de sources spécialisées. L'histoire de l'informatique fait l'objet de controverses de priorité non exhaustivement couvertes ici.

Sources

Références vérifiées lors de l'audit factuel d'août 2026 : ce sont les pages
contre lesquelles les affirmations de ce bulletin ont été confrontées.

  1. October 2024 Web Server Survey (hostnames vs sites actifs) — Netcraft
  2. Minitel — parc de terminaux par année
  3. NeXTcube — machine du CERN, processeur 68040 à 25 MHz