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Le nombre réel

Un nombre réel est un point de la droite continue ; ce qui le distingue du rationnel, c'est qu'il ne laisse aucun trou.

Le nombre réel

Le nombre réel

Définition

Un nombre réel est un point de la droite continue. Entiers, fractions, racines et π\piπ y tiennent tous une place, sans qu'aucune position ne reste vide.

C'est cette absence de trou qui définit l'ensemble R\mathbb{R}R, bien plus que la liste des nombres qu'il contient.

Ce que chaque élargissement apporte

EnsembleContientRend possible
N\mathbb{N}N0, 1, 2, …Compter
Z\mathbb{Z}Z… , −1, 0, 1, …Soustraire sans sortir
Q\mathbb{Q}QLes fractions p/qp/qp/qDiviser sans sortir
R\mathbb{R}RLes points de la droitePasser à la limite sans sortir

Chaque étage répare un manque de l'étage précédent. Le dernier est d'une autre nature : il ne s'agit plus d'une opération qui échoue, mais d'une suite qui n'a nulle part où aboutir.

ℝ ℚ ℤ ℕ 7 −3 ½ √2

Le trou des rationnels

Aucune fraction n'a 2 pour carré. Supposons p/qp/qp/q irréductible avec (p/q)2=2(p/q)^2 = 2(p/q)2=2 : alors p2=2q2p^2 = 2q^2p2=2q2, donc ppp est pair, donc p=2mp = 2mp=2m, donc 4m2=2q24m^2 = 2q^24m2=2q2, donc qqq est pair lui aussi. Les deux sont pairs, contre l'hypothèse d'irréductibilité.

2\sqrt{2}2​ existe pourtant : c'est la diagonale du carré de côté 1. Les rationnels laissent donc un trou à un endroit parfaitement constructible.

La complétude

La propriété qui distingue R\mathbb{R}R tient en une phrase : toute partie non vide et majorée admet une borne supérieure.

Prenons l'ensemble des rationnels dont le carré est inférieur à 2. Il est non vide, il est majoré — mais dans Q\mathbb{Q}Q, il n'a pas de plus petit majorant : on peut toujours en trouver un plus serré. Dans R\mathbb{R}R, ce plus petit majorant existe, et c'est 2\sqrt{2}2​.

Cette propriété caractérise R\mathbb{R}R : à isomorphisme près, il est le seul corps totalement ordonné complet.

Une infinité plus grande

Les rationnels se numérotent : on peut les ranger en une liste indexée par les entiers. Les réels, non — aucune liste ne les épuise.

L'infini des réels est donc strictement plus vaste que celui des rationnels, alors que les seconds sont partout denses parmi les premiers : entre deux réels distincts, aussi proches soient-ils, il se glisse toujours un rationnel.

Résumé

Le réel est le rationnel complété : le passage à la limite y aboutit toujours.